Cybersécurité

Les attaques supply chain : comprendre les risques et renforcer sa défense

Par Maxime
5 minutes

La supply chain, maillon faible des entreprises connectées ?

À l’ère numérique, la notion de chaîne logistique (supply chain) s’étend bien au-delà des entrepôts et du transport. Désormais, elle englobe un écosystème complexe de fournisseurs de logiciels, de services cloud, d’intégrateurs, de prestataires informatiques et de distributeurs, tous connectés aux systèmes d’information de l’entreprise. Ce maillage très étroit offre de nouvelles opportunités… mais aussi de nouveaux risques. En particulier, les attaques dites "supply chain" occupent le devant de la scène cyber depuis plusieurs années.

Définition : qu’est-ce qu’une attaque supply chain ?

L’attaque supply chain vise à infiltrer une organisation non pas en s’attaquant directement à ses défenses, mais en passant par un ou plusieurs de ses fournisseurs ou prestataires. L’idée : profiter du lien de confiance établi avec ces partenaires pour s’introduire, parfois subrepticement, dans l’environnement de la cible principale.

Ces attaques ciblent souvent des composants logiciels, des mises à jour, des dispositifs matériels, ou encore des services managés qui servent d’intermédiaire entre plusieurs entreprises. Lorsqu’un attaquant réussit à compromettre un fournisseur clé, il peut ensuite propager ses malwares ou collecter des données à grande échelle, frappant clients et partenaires sans éveiller immédiatement les soupçons.

Pourquoi ce type d’attaque est-il en forte augmentation ?

  • Systèmes interconnectés : Les entreprises, pour des raisons de performance et de flexibilité, multiplient les intégrations logicielles (SAAS, API, microservices…). Cette toile accroît la surface d’attaque.
  • Complexité croissante de la chaîne d’approvisionnement : De nombreux prestataires travaillent en sous-traitance. La liste des composantes logicielles devient difficile à contrôler.
  • Déplacement des attaques : Les groupes cybercriminels exploitent les « angles morts » de la sécurité, là où le contrôle fait défaut (tierces parties, intégrateurs, logiciels externes).
  • Effet démultiplicateur : Un seul prestataire compromis peut ouvrir la porte à des dizaines – voire des milliers – d’organisations clientes.

Les chiffres révèlent l’ampleur : selon une étude de Ponemon Institute, 56 % des entreprises interrogées ont subi une attaque liée à la supply chain informatique au cours des deux dernières années.

Exemples marquants d’attaques supply chain

  • SolarWinds (2020) : L’affaire la plus médiatisée : un logiciel de gestion d’infrastructure (Orion) utilisé par 33 000 clients dans le monde a été piégé par un malware lors d’une mise à jour. Résultat : des entités gouvernementales et des multinationales espionnées discrètement pendant des mois.
  • CCleaner (2017) : Un utilitaire de nettoyage bien connu a été infecté lors de sa diffusion : plus de 2,2 millions de machines touchées, dont certaines visées spécifiquement (espionnage industriel et gouvernemental).
  • Kaseya (2021) : Un fournisseur de solutions IT pour PME et MSP a été la porte d’entrée pour le ransomware REvil, ayant infecté plusieurs milliers d’entreprises dans le monde par le biais d’une chaîne de prestataires.
  • Log4Shell (2021) : La découverte d’une faille critique dans une bibliothèque open-source largement embarquée a illustré le danger des dépendances logicielles non contrôlées.

Ces cas démontrent à quel point l’effet domino d’une attaque supply chain peut se propager, parfois à l’insu de toutes les parties impliquées.

Comment une attaque supply chain se déroule-t-elle ?

  1. Reconnaissance : L’attaquant identifie les fournisseurs et sous-traitants d’une cible intéressante : éditeurs, hébergeurs, services de support, etc.
  2. Compromission d’un maillon : Le pirate exploite une vulnérabilité, un compte faible ou une faille humaine dans l’organisation du fournisseur.
  3. Injection d’une charge malveillante : Le but est d’intégrer discrètement un code malicieux dans un logiciel légitime, un package, ou une mise à jour officielle.
  4. Propagation : Lorsqu’un client (entreprise cible) reçoit une mise à jour/app, la charge est activée sur ses systèmes.
  5. Exploitation : En fonction de l’objectif (vol, sabotage, espionnage), le malware s’active, exfiltre des données, chiffre les systèmes ou ouvre un accès backdoor.

La difficulté principale du côté défense réside dans la difficulté à détecter une menace émanant d’un fournisseur de confiance légalement intégré à la DSI.

Quels sont les risques concrets pour l’entreprise ?

  • Compromission de données : Données clients, finances, secrets industriels accessibles par effet ricochet.
  • Sabotage : Blocage temporaire ou destruction de services critiques.
  • Rebond chez d’autres clients : Un attaquant peut utiliser plusieurs partenaires successivement comme tremplin.
  • Atteinte à la réputation : Être la victime d’une brèche supply chain peut entamer la confiance des clients et partenaires.
  • Effet de masse : Lorsque la faille touche les grands éditeurs ou hébergeurs, l’impact est mondial.

Quels sont les vecteurs les plus courants des attaques supply chain ?

  • Mises à jour logicielles piégées : Les attaques via “update” malveillante sont en progression.
  • Dépendances open source vulnérables : Les bibliothèques tierces embarquées sans audit (JavaScript, Python, PHP, etc.).
  • Composants hardware contrefaits : Cartes-mères ou composants intégrant des puces espionnes lors du process de production.
  • Vulnérabilité des prestataires de service cloud, infogérants, MSP…
  • Compromission de comptes techniques, accès privilégiés : Un prestataire qui perd la maîtrise d’un compte admin.

Comment renforcer concrètement sa défense supply chain ?

  • Cartographier sa chaîne d’approvisionnement numérique : Identifiez tous les fournisseurs, sous-traitants, prestataires, et tenez à jour cette liste.
  • Auditer régulièrement la sécurité des prestataires : Exiger les preuves d’audit, certifications (ISO 27001, SecNumCloud…), procédures de gestion des incidents.
  • Établir des contrats et SLA exigeants : Vos relations contractuelles doivent intégrer sécurité, plan de crise, confidentialité, alertes en cas d’incident.
  • Limiter les droits et accès : Appliquer le principe du moindre privilège, segmenter les accès selon les besoins réels.
  • Surveiller les mises à jour et paquets logiciels : Privilégier des solutions “code signed” (signées), vérifier les sources, suivre les CVE/alertes.
  • Mener des campagnes de sensibilisation : Informer les collaborateurs sur les risques indirects (phishing via prestataire, fausses factures, etc.).
  • Automatiser la gestion des dépendances : Utiliser des outils d’analyse de composants (SCA : Software Composition Analysis) pour scanner les bibliothèques et signaler les CVE.
  • Détecter, tracer, répondre : Mettre en place une supervision de sécurité (SIEM, EDR), des alertes sur les comportements anormaux d’un prestataire ou d’une app tierce.
  • Préparer un plan de réponse à incident “supply chain” : Simuler la compromission d’un partenaire pour tester la rapidité d’alerte, d’isolement, de liaison avec vos propres clients.

Checklist : les 7 réflexes à adopter pour limiter l’exposition

  1. Recenser précisément tous vos fournisseurs, en particulier ceux ayant un accès SI.
  2. Actualiser régulièrement vos procédures de gestion des accès externes.
  3. Demander des preuves de sécurité (certifications, audits) à vos partenaires.
  4. Sensibiliser équipes internes et externes aux risques de phishing “fournisseur”.
  5. Mettre à jour vos outils d’analyse de dépendances logicielles.
  6. Activer une surveillance renforcée sur tous les process automatisés (API, mises à jour, transferts de données).
  7. Prévoir un plan de communication et de gestion de crise intégré, pour réagir vite si un maillon tiers est touché.

Perspectives : vers une culture collective de la sécurité supply chain

À l’heure où chaque entreprise – de la TPE aux grands groupes – s’interconnecte à un tissu global de partenaires, la sécurité de la supply chain devient un enjeu primordial. Les grandes entités ne sont plus jugées sur la robustesse de leur seul « château fort », mais sur leur capacité à intégrer l’écosystème dans une démarche holistique, où transparence, partage d’information, audits réciproques et prévention montent en puissance.

Démultiplier la vigilance, faire évoluer les contrats IT, instaurer des plans d’action conjoints, adopter des outils SCA et mettre l’accent sur la réactivité immédiate sont plus que jamais des leviers critiques. La supply chain cyber n’est plus une inconnue ni un tabou : bien gérée, elle renforce la confiance… et la résilience de toutes les parties.

La rédaction de cooltech.fr recommande donc à tous les acteurs – DSI, RSSI, dirigeants, responsables achats – d’adopter une approche proactive, outillée, et surtout collaborative pour faire du maillon de la supply chain non plus une faiblesse, mais un atout sécuritaire durable.

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